© 2019 by Sebastien Strahm

Stefan Banz, artiste invité à l’EAC (les halles) présente dans son exposition la Kunsthalle Marcel Duchamp – The Forestay Museum of Art (KMD).

 

La KMD se présente comme un micro-musée dans lequel il invite, cette fois-ci, les responsables du lieu qui l’expose, en l’occurrence Sébastien Strahm, instigateur de l’exposition, et Philippe Queloz, responsable de l’eac (les halles). Deux artistes aux positions artistiques distinctes.

 

Sébastien Strahm y présente des travaux de peinture conçus pour l’occasion et Philippe Queloz intervient avec des objets réalisés en 2012.

Un bas-relief de forme circulaire est accroché à une paroi. L’empreinte en porcelaine a été tirée d’un carton décoratif au motif de vagues *1, "disque" de 72 mm de diamètre, d’une épaisseur de 7 mm, légèrement bombé.

L’objet, par sa forme, évoque un hublot en réponse à la morphologie de la KMD qui, elle, pourrait évoquer la lanterne d’un phare maritime. Cette même paroi fait office de cloison et divise l’étage supérieur de la KMD en deux. Elle reprend proportionnellement les dimensions de la paroi construite spécialement pour l’exposition de Stefan Banz à l’intérieur de l’EAC et se dresse en parallèle à celle-ci. Ce rapport de proportions définit ainsi une échelle de grandeur.

Elle sert également de support à la peinture murale de Sébastien Strahm: la représentation d’un paysage stylisé, évoquant les codes de la représentation de l’exotisme, thématique récurrente qui lui est chère. Ici, l’aquarelle sur papier, médium traditionnellement employé pour la saisie du motif sur le vif, participe au processus d’artialisation *2 en élaborant une construction culturelle du paysage observé, imaginé ou rêvé.

 

Dans l’espace se dressent deux sapins modelés, l’un *3 en porcelaine et l’autre en cire d’abeille.

Le rapport de grandeur entre les objets, l'espace et la paroi installée dans la KMD fait écho à celui des visiteurs et des parois de l'EAC. Les sculptures revêtent ainsi un caractère anthropomorphique. Ils visitent, animent l’espace.

Le second sapin a été réalisé en cire dans le but d’en faire une exécution en fonte de plomb par la technique de la cire perdue. C’est donc à un stade transitoire qu’il intervient dans ce contexte. Il est mis en regard de la représentation de vagues pétrifiées, figées.

 

Au niveau inférieur de la KMD, Sébastien Strahm plante le décor, représentation éthérée d’éléments fluides, entre nuages, étoiles et feuillages, avec une aquarelle panoramique, « Champ étoilé ». Celle-ci couvre tout le pourtour de la surface d’exposition, à la façon d’une tapisserie, avec un motif répété, dont la facture induit la notion de temporalité à la manière d’un tracé calligraphique *4. Elle donne au spectateur, dont le point de vue est extérieur au bâtiment, la possibilité d’envisager les parties non-visibles, hors du champ de vision.

Philippe Queloz intervient à ce niveau avec "Brain" 2012: une calotte sphérique en porcelaine émaillée au céladon. Un amalgame de résidu de matière dont la forme s’apparente à celle du cerveau.

 

 

 

*1 Le motif des vagues stylisées tient pour origine la Tapisserie de la Création, (vers 1100) qui se trouve dans la Cathédrale de Gérone.

Le thème des vagues avait donné lieu à la réalisation d’un tondo intitulé " Fonte des neiges" 1998. Huile sur jute (diam. 90 cm) adaptation du motif des vagues à une situation temporelle éphémère, exposée à l’EAC ( les halles). Dans le contexte l’œuvre servait de toile de fonds  d’une suite d’intervention sur la paroi et dans l‘espace  de l’EAC lors de l’exposition de PhQ.

 

*2 Alain Roger, Court traité du paysage, Paris, Gallimard, collection Bibliothèque des sciences humaines, 1997

 

*3 Le sapin est issu d’une série de 16 qui à la base devait constituer un demi-jeu d’échec. L’autre moitié, le camp adverse, devait être coulée en plomb : sapins de pierre contre sapin de plomb.

C’est en fait ce point de vue ludique qui a créé le lien avec Duchamp et sa passion pour les échecs.

 

*4 Dans la Chine d’aujourd’hui, une pratique courante consiste à tracer des signes calligraphiques sur le sol des parcs publics avec de l’eau. L’eau s’évapore rapidement et le signe disparaît parfois avant même qu’il ne soit terminé.
Par un principe similaire, dans « Champ étoilé », les propriétés de l’aquarelle qui détoure les points blancs du papier – évocation simplifiée d’une voûte céleste – matérialisent des zones dont l’irrégularité est liée au temps nécessaire à la réalisation et à la réserve de couleur contenue dans le pinceau.